Faits saillants
La MRC de Beauharnois-Salaberry a mandaté SCI Global pour réaliser une analyse structurée de son économie régionale, fondée sur les données de Statistique Canada et une modélisation des échanges économiques. L’objectif : identifier les forces du territoire, les secteurs à fort impact, les vulnérabilités structurelles et les opportunités à activer pour consolider l’économie régionale.
1. Portrait d’ensemble — chiffres clés
2. Structure économique du territoire
2.1 Un ancrage industriel et manufacturier marqué
La fabrication représente un emploi sur sept dans la MRC, avec une valeur régionale nette de 3,4 G$ — soit près de 58 % de la richesse créée localement. Les filières les plus structurantes sont :
- Production et transformation des métaux non ferreux : 17 % de la VRN totale
- Fabrication de produits chimiques et pétroliers : environ 13 % combinés
- Fabrication de produits métalliques et de boissons : environ 8 % combinés
Le territoire se distingue par une concentration de l’emploi de 1,71 dans la fabrication — nettement supérieur à la moyenne provinciale, ce qui témoigne d’un avantage comparatif industriel réel.
2.2 Une main-d’œuvre technique et spécialisée
Avec plus de 36 professions affichant une concentration supérieure à la moyenne provinciale, le territoire possède un bassin de compétences diversifié et rare à l’échelle régionale. Les groupes les plus concentrés sont :
- Cadres intermédiaires spécialisés en fabrication et services publics (concentration : 1,95)
- Opérateurs de fabrication et de transformation (concentration : 1,94)
- Cadres intermédiaires en soins de santé (concentration : 1,90)
La présence notable de cadres intermédiaires, de superviseurs et de personnels techniques, particulièrement dans les services publics, l’industrie, le transport, la santé et l’entretien, suggère une structure économique orientée vers la gestion opérationnelle, la production et les infrastructures.
2.3 Les services collectifs : un pilier stable
Les secteurs de la santé et de l’assistance sociale, du commerce de détail, de l’enseignement et des administrations publiques regroupent plus de 45 % de la main-d’œuvre. Ils assurent la redistribution locale des revenus et soutiennent la consommation régionale, même si leur contribution à la valeur régionale nette reste plus limitée.
Point d’attention : secteurs culturels sous-représentés
Les arts, spectacles et loisirs (quotient 0,44) ainsi que l’information et la culture (0,40) affichent une présence près de deux fois inférieure à la moyenne provinciale. Cette sous-représentation constitue un enjeu de diversification économique à moyen terme.
3. Échanges économiques et approvisionnement
Les achats totaux de la MRC atteignent environ 13,2 G$, dont près de 75 % proviennent de l’extérieur du territoire. Cette structure révèle une économie qui agit davantage comme consommatrice de biens et services produits ailleurs que comme génératrice de boucles économiques internes.
3.1 Secteurs prioritaires pour l’approvisionnement local
Les secteurs affichant un taux d’importation entre 60 % et 80 % constituent des zones d’opportunité où une amélioration de l’ancrage local est envisageable sans transformation structurelle irréaliste. Les multiplicateurs d’emplois indiquent l’ampleur des retombées pour chaque dollar redirigé localement.
La fabrication, bien qu’elle représente 44 % des importations totales (4,4 G$), offre un potentiel de substitution significatif dans la transformation secondaire, la maintenance et l’assemblage local. C’est le secteur avec le plus grand levier stratégique.
4. Valeur régionale nette — comparaison territoriale
La VRN mesure la richesse créée et retenue sur le territoire — en combinant salaires versés, achats locaux et exportations, moins les achats extérieurs. Elle permet de comparer la performance de Beauharnois-Salaberry avec la moyenne provinciale.
Beauharnois-Salaberry se distingue par une concentration marquée de sa VRN dans la fabrication (57,8 %), nettement supérieure à la moyenne québécoise (30 %).
5. Vulnérabilité aux chocs externes
Un indice de dépendance internationale a été développé pour mesurer l’exposition de chaque secteur aux risques tarifaires ou aux ralentissements économiques. Plus la proportion des échanges internationaux est élevée, plus le secteur est susceptible d’être affecté par des changements dans les conditions commerciales, notamment par une hausse des coûts d’approvisionnement, une perte de compétitivité à l’exportation ou des ajustements dans les chaînes de valeur.
6. Message central — du diagnostic à l’action
L’enjeu n’est plus seulement de produire — c’est de consolider ce qui existe déjà.
La MRC dispose d’une base économique solide. Mais 75 % de ses achats quittent le territoire, soit plus de 10 G$ annuellement. Renforcer l’approvisionnement local dans les secteurs à fort multiplicateur est le levier le plus structurant pour accroître les retombées régionales, réduire les fuites économiques et bâtir une économie plus résiliente.
Secteurs d’intervention prioritaires
- Construction — multiplicateur de salaires de 2,00 : chaque emploi direct soutien un emploi supplémentaire
- Fabrication — rapatriement de la transformation secondaire et de la maintenance
- Services professionnels, scientifiques et techniques — substitution rapide locale et peu risquée
- Transport et entreposage — fort multiplicateur d’emplois (1,55)